L'histoire de la collection
À Fleur de Cuir est née d'une frustration simple : voir partir à la poubelle des matières qui n'avaient rien à y faire. Les ateliers de maroquinerie produisent des chutes — des morceaux de cuir encore beaux, encore nobles, encore solides, mais trop petits pour une sacoche ou une ceinture. Ils finissent souvent jetés, non pas parce qu'ils sont abîmés, mais parce qu'ils n'ont plus l'utilité pour laquelle ils avaient été achetés. Je les récupère. Et je leur en trouve une autre.
Ce qui m'a permis de travailler ces chutes, c'est la découpe laser. Avant d'avoir accès à cet outil, je ne voyais pas comment en faire des bijoux — le cuir demande une précision que les ciseaux ne donnent pas toujours, surtout pour des pièces de petite taille. Le laser change ça complètement. Il coupe au dixième de millimètre, sans effort, sans déformation. Il permet des formes ajourées, des silhouettes fines, des motifs géométriques ou organiques qui seraient impossibles à obtenir autrement. C'est un outil technique, presque industriel dans son principe — et pourtant ce qu'il produit est tout sauf froid.
Ce que j'aime dans le cuir récupéré, c'est qu'il a déjà une histoire. Chaque chute a sa propre texture, son propre grain, sa propre souplesse — selon le tannage, selon l'animal, selon l'usage auquel il était destiné. Certaines ont une patine légère, une petite marque, une irrégularité de surface. Je ne cherche pas à les effacer. Elles font partie de la pièce, elles lui donnent un caractère qu'un cuir neuf n'aurait pas.
Les bijoux de cette collection sont légers — le cuir, même épais, ne pèse presque rien à l'oreille. Ils ont une présence visuelle, des formes précises, des silhouettes qui tiennent leur place dans une tenue sans en faire trop. Le cuir a cette particularité de garder la trace de ce qu'il traverse — il se patine, se marque légèrement, prend la couleur du temps. C'est ce qui lui donne du caractère.
À Fleur de Cuir, c'est l'idée qu'une seconde vie peut être plus belle que la première. Et que le meilleur moyen de respecter une matière, c'est encore de continuer à la porter.