L'histoire de la collection
Émeraude est la collection qui m'a pris le plus de temps à trouver. Pas à cause de la couleur — le vert, je savais que je voulais le travailler depuis longtemps. Mais parce que le vert est une couleur qui ment facilement. Il peut sembler beau dans le pot d'encre et donner quelque chose de plat, presque artificiel, une fois coulé dans la résine. Il m'a fallu beaucoup d'essais ratés avant de comprendre comment le dompter.
Le problème avec le vert, c'est qu'il est rarement seul dans la nature. Ce qui le rend beau dans une forêt, dans une pierre précieuse, dans le reflet d'une eau profonde, c'est ce qu'il y a autour — les nuances, les contrastes, la façon dont la lumière le transforme selon l'heure. Un vert tout seul est souvent triste. Alors j'ai commencé à travailler par couches, en superposant des encres de valeurs différentes : un vert sombre en fond, un vert plus lumineux par-dessus, parfois une touche de bleu qui tire vers le sapin, parfois une touche de jaune qui tire vers le bourgeon. Et là, quelque chose s'est mis à vivre.
L'or est présent dans Émeraude comme il l'est dans Onyx — discret, presque accidentel, mais décisif. C'est lui qui crée la sensation de profondeur, comme un rayon de lumière qui traverse un sous-bois à l'heure où le soleil est bas. Sans lui, la pièce est belle. Avec lui, elle a quelque chose de précieux — pas au sens du luxe ostentatoire, mais au sens de ce qui mérite qu'on s'arrête.
Ce que j'aime dans cette collection, c'est qu'elle marche avec des matières brutes. Le lin, la laine épaisse, le cuir, le coton lavé — Émeraude se sent bien dans ces univers-là. Elle apporte de la couleur sans être criarde, de la richesse sans être lourde. C'est une collection d'automne et d'hiver dans ma tête, même si je la porte aussi en été avec des matières plus légères.
Les verts que j'ai gardés vont du quasi-noir végétal aux tons plus clairs qui évoquent une feuille jeune au printemps. Ce ne sont pas des verts uniformes — chaque paire a sa propre profondeur. C'est ce que la résine fait de mieux : garder la trace du mouvement, même une fois figée.