L'histoire de la collection
Topaze est la collection de l'été. Pas d'un été en particulier — de tous les étés en même temps, de ce que cette saison a de physique et d'immédiat : la chaleur sur la peau, la lumière qui aveugle à midi, l'orange d'un abricot trop mûr qu'on mange debout au-dessus de l'évier. Ce sont des couleurs que j'associe au corps, au mouvement, à quelque chose de vivant. Elles ne se laissent pas ignorer.
J'ai commencé Topaze un mois d'août où je n'arrivais pas à travailler avec autre chose. Le jaune et l'orange s'imposaient — pas comme un choix raisonné, plutôt comme une évidence de saison. J'avais les fenêtres ouvertes, la lumière entrait à plat dans l'atelier en fin d'après-midi, et les encres que je mettais dans la résine semblaient continuer cette lumière plutôt que la contredire. C'est un des rares moments où j'ai eu l'impression que la matière et le moment coïncidaient parfaitement.
Le jaune en résine est difficile à maîtriser. Il a tendance à virer au fluo si on force, ou à disparaître dans un beige fade si on hésite trop. Ce que je cherchais, c'était le jaune d'une pierre précieuse tenue à contre-jour — lumineux, chaud, avec une transparence dedans. J'ai travaillé avec plusieurs nuances en même temps : un jaune profond presque ambré, un jaune plus clair presque citron, et un orange cuivré qui vient réchauffer l'ensemble. Selon les proportions et le mouvement de la résine, certaines pièces tirent vers le miel, d'autres vers la braise, d'autres encore vers quelque chose de plus vif et de plus solaire.
Ce que j'aime dans Topaze, c'est qu'elle change avec la lumière ambiante. Sous un ciel couvert, les pièces gardent leur chaleur mais deviennent plus douces. Au soleil direct, elles s'allument. Sous une lumière artificielle chaude, elles prennent des reflets presque dorés. C'est une collection qui ne se comporte jamais exactement pareil selon l'heure ou l'endroit où on la porte.
Et contrairement à ce qu'on pourrait croire, ces jaunes et ces oranges sont faciles à porter. Ils réchauffent un teint, ils cassent le gris d'une tenue neutre, ils rappellent un été même en plein mois de janvier. C'est peut-être ça, finalement, l'utilité d'un bijou — garder quelque chose de chaud à portée de main quand la lumière manque.