L'histoire de la collection
C'est lors d'un voyage à Lisbonne que tout a commencé. Pas moyen d'avancer dans les rues sans s'arrêter : les azulejos sont partout — sur les façades, dans les couloirs de métro, au pied des escaliers, sur les murs des épiceries de quartier — et chacun raconte quelque chose de différent. Certains sont intacts, d'autres fissurés ou manquants par endroits, et c'est souvent les abîmés qui sont les plus beaux. J'ai fini par photographier des dizaines de carreaux, presque obsessionnellement, avec l'idée vague que ces motifs méritaient de durer autrement que dans un album de voyage que j'ouvrirais deux fois.
De retour dans mon atelier près de Toulouse, j'ai retravaillé ces photos une par une. Il ne s'agissait pas de les reproduire à l'identique — c'est le Portugal qui les a faits, pas moi — mais d'en garder l'essentiel : la géométrie, l'équilibre des couleurs, cette façon qu'ont les azulejos d'être à la fois très vieux et très modernes. Certains motifs se sont imposés dès la première retouche. D'autres ont demandé plusieurs tentatives avant que la composition semble juste — le bon cadrage, la bonne lumière, le bon équilibre entre le détail et le vide.
Chaque illustration a ensuite été imprimée puis coulée sous résine transparente. C'est un geste technique, mais c'est aussi ce qui change tout : la résine donne au motif une légère épaisseur, une profondeur, comme si on le regardait à travers une vitre mouillée. Le carreau devient bijou. Il garde sa géométrie mais prend une nouvelle légèreté.
La palette de la collection va des bleus nets et contrastés — presque graphiques — aux beiges chauds mêlés de touches de marron et d'ocre, selon les carreaux qui m'ont le plus arrêtée dans les rues. Certaines paires sont très couleur, d'autres presque neutres. Toutes ont ce truc que j'aime dans les azulejos originaux : elles sont précises sans être froides, géométriques sans être rigides.
Ce sont des bijoux légers, faciles à glisser dans une tenue. Mais ils ont ce truc particulier que j'ai remarqué assez vite : les gens qui les voient posent des questions. D'où vient le motif ? C'est quoi cette matière ? Et ça, le fait qu'un bijou puisse ouvrir une conversation — c'est exactement ce que je cherche.